Cela fait maintenant quelques années que je regarde et goûte la peinture de Pandora Decoster. Et pas seulement parce que ses tableaux dépeignent un sud-ouest auquel je suis très attaché. J’aime les visions profondément originales auxquelles l’artiste donne vie, et la forme qu’elles prennent.

Goûter, je crois bien que c’est le terme qui convient. Car ces œuvres en appellent à tous les sens, elles sont proprement synesthésiques. Les tons pastels que l’artiste étale sur la toile sont apaisants, elle a besoin de cette tranquillité, mais ils m’évoquent aussi quelque chose de sucré, et en particulier le Russe, cette pâtisserie au praliné, originaire d’Oloron Sainte Marie, qu’on déguste au Pays Basque, notamment au salon de thé Miremont à Biarritz. Lorsque l’on y regarde par la baie vitrée en direction de la Grande plage, on découvre des perspectives qui ne sont pas très éloignées de celles qui structurent les tableaux de Pandora Decoster. Bâtie à flanc de côteau, et suivant un développement exponentiel entre l’époque de Napoléon III et aujourd’hui, Biarritz a un rapport vertical à l’océan. D’où ces escaliers vertigineux et piranésiens plongeant vers le littoral, au-dessus de la Côte des Basques, entre la crypte Sainte-Eugénie et le Port vieux et le Rocher de la Vierge. Ce sont là des sites au creux desquels la peintre niche ses figures comme un bijou dans un écrin. Ces femmes sont belles, sereines, elles ont quelque chose des héroïnes calmes quoique légèrement inquiétantes de Leonora Carrington. Alanguies, légèrement maniéristes, elles posent dans un paysage « abstractisé » qui rappelle parfois les tableaux californiens de David Hockney. Elles sont repues de vagues car nous les cueillons sans doute après une session de surf réparatrice, la planche posée tout à côté.

Pandora Decoster a un temps hésité entre le surf et la peinture, mais elle a compris assez vite que les deux s’avéraient complémentaires en raison d’une créativité commune. Aucun autre « sport » n’a donné lieu à une telle culture visuelle, et de nombreux surfers sont aussi artistes. Il est sans doute possible de retrouver dans les lignes de ses tableaux les courbes fluides que Pandora trace en longboard dans les vagues de la Côte des Basques. C’est là, on le sait, que le surf commença véritablement en France à la fin des années 1950. La jeune Decoster a longtemps chevauché les ondes de ce site emblématique. C’est pourquoi il fournit un cadre à de nombreux tableaux, avec la Villa Belza en fonds d’écran, pourrait-on dire.

En termes synesthésiques, les œuvres de Pandora Decoster sont aussi musicales. Dans les ruelles qui courent à la surface de ses tableaux, on entend des accords mineurs, mais ce n’est pas la musique de la mélancolie qui y résonne (en tout cas beaucoup moins que dans les chansons de la Femme, groupe dont l’artiste est proche depuis le lycée). Quand bien même elle s’inspire d’un impressionnisme du temps jadis, et qu’on peut identifier dans sa peinture le souvenir d’œuvres célébrées au Pays Basque (par exemple le remarquable Fandango de Perico Ribera), l’art de Pandora Decoster ressortit davantage au domaine du rêve et évoque en ce sens les œuvres métaphysiques de Giorgio de Chirico. Si le soleil de la côte atlantique y brille d’un feu ardent, ce sont malgré tout des tableaux nocturnes, sachant que le sommeil de la raison engendre des rêves ensuqués.

Richard Leydier est critique d’art (rédacteur-en-chef de la revue artpress) et commissaire d’expositions. Il a notamment organisé Robert Combas, Greatests Hits au Musée d’art contemporain de Lyon en 2012, ou la Dernière vague, surf, skate et custom Culture à la Friche Belle de mai, à Marseille en 2013, dans le cadre de Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture. Il fut aussi commissaire de la septième biennale internationale d’art contemporain d’Anglet en 2018 (Chambres d’amour).

It’s been a few years now since I’ve looked at and tasted Pandora Decoster’s paintings. And not only because they depict a South-West of France to which I’m very much attached. I like the deeply original visions the artist gives life to, and the form they embrace.

“Taste” is indeed an apt word, I believe, as these works call on all the senses and are truly synesthetic. The pastel hues that the artist spreads on the canvas are soothing, as she needs that quietness, but they evoke something sugary, and particularly the “Russe”, a praline cake from Oloron Sainte Marie, which is savoured in the Basque Country, especially in the Miremont teashop in Biarritz. When you look through the bay window there, you discover perspectives not very far removed from those that structure the paintings by Pandora Decoster. Built on a hillside and developed exponentially between the time of Napoléon III and today, Biarritz has a vertical relation to the ocean. Hence these dizzy, Piranesian stairs that plunge into the coastline, above the “Côte des Basques”, between the Sainte-Eugénie crypt and the “Port vieux” and the “Rocher de la Vierge”. Those are sites within which the painter nestles her figures like a jewel in a casket. These women are beautiful and serene; they have something of the calm, if slightly worrisome, heroines of Leonora Carrington. Indolent, somewhat mannerist, they pose in an “abstractized” landscape that sometimes reminds one of the Californian paintings by David Hockney. They are satiated with waves, as we no doubt pick them after a restorative surfing session, with the surfboard laid nearby.

Pandora Decoster has for some time hesitated between surfing and painting, but she’s understood pretty soon that both were complementary owing to common creativity. No other “sport” has given rise to such a visual culture, and numerous surfers are also artists. It is probably possible, within the lines of her paintings, to recognize the smooth curves that Pandora draws on a longboard in the waves of the “Côte des Basques”. That is where surfing is known to have actually begun in France in the late 1950s. Young Decoster has long ridden the waves of that iconic site. That’s why it provides a setting to numerous paintings, with the Villa Belza as background, so to say.

In synesthetic terms, Pandora Decoster’s works are also musical. In the lanes that run at the surface of her paintings, minor chords are heard, but the music of melancholy doesn’t resonate (in any event, much less so than in the songs of La Femme, a band the artist has been close to since high school). Even though she draws her inspiration from erstwhile impressionism and the memory of works celebrated in the Basque Country can be identified in her paintings (for instance, the remarkable Fandangoby Perico Ribera), Pandora Decoster’s art pertains more to the realm of dreams and in this respect is evocative of the metaphysical works of Giorgio de Chirico. Though the sun of the French Atlantic Coast shines with blazing fire in her paintings, these are nonetheless nocturnal, as the sleep of reason begets drowsy dreams.

Richard Leydier is an art critic (the editor in chief of the artpressmagazine) and a curator. He has notably organized Robert Combas, Greatests Hitsin the Lyons Museum of contemporary art in 2012, or la Dernière vague, surf, skate et custom Culturein the Marseilles “Friche Belle de mai” cultural space in 2013, as part of the “Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture” initiative. He was also the curator of the seventh Anglet international biennial contemporay art festival  in 2018 (Chambres d’amour)

translation Bernard Charbit

photo Corentin Bertau
photo Sylvain Cazenave